Ma petite Maman (cette appellation t'agaçait et te touchait en même temps, tu te souviens ?), aujourd'hui tu aurais eu 60 ans. Ça fait drôle, non ? Je me demande à quoi tu aurais ressemblé aujourd'hui. Et je me demande aussi quelle aurait été notre relation.
Je nous imagine nous téléphoner, pas forcément longtemps, mais souvent, pour nous raconter les petites anecdotes de nos journées, comme nous le faisions souvent le soir en faisant la vaisselle. Je nous imagine rire aux larmes au détour d'un lapsus ou d'une pensée dite à haute voix sans faire exprès. Je nous imagine en train de faire des courses ensemble, pas spécialement fans de shopping, mais contentes de passer quelques heures ensemble à se rhabiller (c'est fou, je n'avais plus utilisé cette expression depuis une éternité, et elle est sortie de mes doigts tout naturellement en pensant à toi). Je nous imagine discuter des heures de nos dernières découvertes en matière de lecture. D'ailleurs, je m'imagine très bien te prêter plein de livres, histoire de te renvoyer l'ascenseur, à toi que j'ai toujours vue lire et qui m'a transmis ta passion (bon, pour le tricot, je te le dis tout de suite, c'est raté). Je nous imagine en train de parler de tes petits-enfants que tu n'as pas connus mais dont la naissance t'aurait comblée de joie. J'essaie d'imaginer (ça, c'est le plus dur) la relation que tu aurais eue avec mon amoureux. Je nous imagine soupirer profondément à l'heure de préparer le repas de famille, car faire à manger, ça n'a jamais été notre tasse de thé (je me demande d'ailleurs si, inconsciemment, je n'entretiens pas ce désamour de la cuisine en ta mémoire). Et puis, bien sûr, à chaque passage à l'heure d'été, je t'imagine t'exclamer "Il est sept heures et il fait encore clair", et, rien que pour ça, je n'ai pas envie qu'on abandonne le changement d'heure.
Je pourrais encore citer plein de situations où je nous imagine toutes les deux, parce qu'en fait, à chaque petit ou grand moment de ma vie, je me demande comment tu aurais réagi, ce que tu en aurais pensé, si tu aurais fait les mêmes choix que moi. Et, plus que tout, j'espère que tu es fière de la femme que je suis devenue, comme moi je suis fière de la femme et de la maman que tu as été, pendant trop peu d'années, évidemment, mais suffisamment pour me transmettre ces valeurs qui me portent chaque jour et me font profiter de chaque instant qui passe comme si c'était le dernier.
Je t'aime, ma petite Maman, et je te souhaite un merveilleux anniversaire, entourée de tous ceux qui, comme toi, sont partis trop tôt, et de tous ceux, qui, comme moi, continuent à te faire vivre dans leur cœur.
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